Le Cosmos Kolej

crédit photo : David Anemian

Les Saisons / Denis Lavant

crédit photo : David Anemian

Koursk

crédit photo : David Anemian

Mon Golem

crédit photo : David Anemian

La Vie d'un Clou

crédit photo : David Anemian

La Cité Cornu

crédit photo : David Anemian

Chveik

crédit photo : David Anemian

Boucherie Chevaline / Florence Masure

La compagnie

LE CHEMIN DE FER VERS LE COSMOS

Wladyslaw Znorko, artiste protéiforme, crée le Cosmos Kolej en 1981 à Lyon. Les spectacles de la compagnie opèrent sans scrupules la distorsion du temps et du récit. Znorko y cultive l’art de détourner l’ordinaire des lieux, d’y installer l’insolite et souvent d’égarer les spectateurs.
Les performances et les spectacles du Cosmos Kolej mettent en scène un bric-à-brac d’objets hétéroclites, appareillages de bric et de broc, dans des lieux aux marges du monde (des non-lieux, des u-topies au sens étymologique d’οὐ-τόπος), des décors expressionnistes, emplis de fumée, qui évoquent un « onirisme de la survie entre art brut et art forain ».

La Cité Cornu

 

 

 

Les comédiens cosmopolites s’y expriment dans toutes les langues jusqu’au  gromelot avec le plus souvent une consonances slaves.

La bande sonore, la lumière et la scénographie sont des acteurs à part entière et participent complétement de l’univers onirique proposé au public. Le spectateur est convié à une forme d’« expédition-spectacle », comme l’écrit Jean-Pierre Thibaudat à propos de La Maison du géomètre.

LES FILMS DANS MON JARDIN

De ce théâtre avant tout visuel, Wladyslaw Znorko oriente tout naturellement sa recherche vers l’image cinématographique. Fervent admirateur du réalisateur Youri Norstein qui travaille « dans sa cuisine », il crée le label Les Films dans mon Jardin. Znorko expérimente un mode de réalisation artisanal : des moyens techniques simplifiés, une direction d’acteurs basée sur l’immédiateté et la spontanéité, un temps très court et un espace limité.

C’est sur ce mode qu’il réalisera trois courts-métrages, en 16 mm, n&b : Koursk, intégré dans le spectacle éponyme, Le Vietnam dans mon Jardin et Dans mon Jardin la mer.

L’écriture de Wladyslaw Znorko est polyglotte. L’image se forge donc derrière la caméra ou sur le plateau, comme sous la plume et le pinceau. Le passage d’une expression à une autre nourrit l’une et l’autre ; il permet d’aborder un nouveau point de vue, d’explorer différemment un même objet.

ÊTRE QUELQUE PART

Dès son arrivée, la compagnie pense le projet architectural de la Gare Franche dans le façonnage d’une enclave poétique ouverte, lieu de circulation et de passage entre le noyau villageois de Saint-Antoine et la Cité du Plan d’Aou.

Cartographe, Znorko nomme les chambres de la Bastides et tous les recoins de la Gare Franche celle-ci sous la bonne garde de notre chien Kino, du cancanement de Jean-Michel le Jars et du caquètement des poules.

De son enfance il garde la peur du manque : dans ces spectacles et dans  cette maison les tables se transforment en buffet où soupe, pomme de terre, hareng… et vodka coulent à flot.

 

Wladyslaw Znorko

L’enfance de Wladyslaw Znorko, d’origine polonaise, est un long périple entre voies de chemin de fer, vélos tordus, dessins de voiliers sur la table de la cuisine familiale et récits de voyages paternels menant de la Sibérie à Alexandrie jusqu’à l’ultime destruction du verrou nazi de Monte-Cassino.

Né comme tout le monde à l’Hôpital de la Fraternité de Roubaix au printemps (il est arrivé mille quatre cent trente quatrième sur le registre de la ville de l’année 58, score dont il n’est pas mécontent), Wladyslaw Znorko se met à inventer très tôt des histoires influencées par la vision d’un spectacle de Noël au Cercle Nabuchodonosor (ancien club de Boxe).

A la maternelle, son rôle du sanglier dans Sylvain et Sylvette titille sa timidité et dévoile la source du théâtre.

Son papa, polonais de la région de Vilnius, soldat de l’armée du Général Wladyslaw Anders, gardien du piano de Chopin et voyageur malgré lui, lui en raconte de belles en montrant ses photos de jeunesse maculées de neige des steppes et d’errances jusqu’aux déserts d’Egypte.

Son sens de la géographie en sera définitivement scellé.

Enfant, il pratique aussi l’observation et la comptabilité des wagons sur la voie ferrée voisine. Les trains postaux jaunes et les directs pour la capitale ont sa préférence. Du talus derrière la fabrique Cornu à Croix-Wasquehal (50°40′ N / 3°09′ E), les rails fatigués le transportent à la découverte de l’univers (Cosmos Kolej) et l’usine à rêves produit ses premières curiosités.

Il investit la rue et détourne l’ordinaire des lieux en y installant l’insolite ; figé des heures durant, il peut jouer aux échecs avec un coq empaillé au pied d’un cadavre et sous un graffiti « il ne se passe rien » ou bien s’immiscer dans la vitrine d’une librairie et même dans un sac postal accroché à une boite aux lettres.

En 1981, une panne de carburant l’arrête entre Saône et Rhône ; il y fonde le Cosmos Kolej. Des petits vélos fleurissent sur les murs de la ville. On les retrouvera plus tard dans les livres d’art sur Lyon. Parmi ses objets-fétiches, roues de bicyclettes un peu faussées, ampoules de récupération, robes de baptême ou de communion un peu fanées, il échafaude des performances perpétrées dans les gares et autres lieux d’errance urbaine.

Depuis, ses songes ont demandé l’asile des théâtres. Ses rêveries l’ont peu à peu déporté de l’est vers l’ouest. Pendant 7 ans, il vit en Irlande, à Dunquin, village le plus à l’ouest de notre continent. Pour reformer ses valises, il s’installe à Saint-Antoine au lieu dit la Gare Franche.

Ce voyageur pantouflard pratique aussi l’Opéra, aime la musique sur scène et continue de faire du théâtre croyant faire de la peinture. Personne n’ose le contredire.

Il meurt en 2058.

Comme il a pu le dire de certains de ses amis Wladyslaw Znorko manque d’humour et nous quitte le 5 mars 2013.

inventaire des créations