Carmen, opéra déplacé

Pourquoi Carmen ? La vraie question c’est pourquoi Carmen à cet endroit. Ordinairement, l’Opéra est un objet artistique de centre-ville. Et si l’égalité républicaine existe autrement qu’en parole alors elle doit s’attaquer au cœur du problème : le sentiment d’être relégué aux périphéries de la République. En posant sur la dalle d’une cité, d’un quartier, une arène ouverte au jour et aux gens, on pourra entailler cette fatalité du sentiment périphérique.

Le cirque est plein c'est jour de fête

dessindetravail-GillesCailleau

Tu me demandes l'impossible

Même écorché il chante encore

Carmen assassinée

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Présentation

CARMEN, OPÉRA DÉPLACE

« A beaucoup écouter autour de moi, il me semble que ce dont les gens souffrent le plus aujourd’hui, c’est de ce que j’appellerais autrement le sentiment périphérique : où qu’ils vivent, les gens se sentent à relégués à la périphérie. C’est le complexe du rat des champs : quoi qu’on fasse et d’où qu’on soit, on s’estime à l’écart d’un ailleurs enviable. Ce n’est pas nouveau mais la vie moderne et ce qui l’accompagne, l’écart grandissant des inégalités ou la dictature des réseaux, démesurent ce sentiment. »
Gilles Cailleau

Alors, pour entailler les murs de cette fatalité, Gilles Cailleau choisit l’opéra : c’est l’outil parfait, pour peu qu’on le déplace ! Au cœur de centre-ville, le bâtiment y trône, les spectateurs pour la plupart ne viennent pas de loin. Mais si justement on le déterritorialise pour l’emmener aux périphéries, urbaines ou champêtres, si le chant lyrique se risque à habiter ailleurs, peut-être arrivera-t-on àfracturer ce sentiment de relégation. Déplacer l’opéra… C’est au moins autant qu’un acte de création, un acte d’urbanisme artistique.

CARMEN, OPÉRA RETROUVÉ

Nous avons tous un air de Carmen qui trotte dans nos têtes : mais la célébrité a déformé l’œuvre originelle. Qu’avons-nous retenu ? La habanera, les mélodies cinglantes de l’ouverture, l’air du toréador…

Pendant les 143 ans qui nous séparent de la création de Carmen, l’oreille populaire a sans doute d’abord retenu ces airs et ces mélodies brillantes mais ce faisant l’équilibre initial de l’œuvre musicale, tendue entre deux forces magnétiques, s’est un peu rompu. Parce que sous l’éclat solaire de l’œuvre, il y a les sonorités obscures, il y a les forces de la nuit.

Alors, la réorchestration de Raoul Lay, écrite pour quatre chanteurs (les quatre protagonistes principaux) et six musiciens n’est pas faite pour réduire l’œuvre musicale, mais pour la retrouver. C’est un travail d’archéologue : en dépouillant la partition initiale, exhumer l’âme rugueuse de la musique de Bizet, déterrer ses lignes de force.

Ainsi l’opéra sera là tout entier, seulement, il sera nu.

CARMEN, OPÉRA PAR TOUS OPÉRA POUR TOUS

Demander de jouer, non pas à des amateurs, mais à des gens qui habitent l’endroit où on s’est installé, n’est pas un simple projet participatif. Avec une autre œuvre, cela n’aurait peut-être aucun sens, mais comme on l’évoquait à la page précédente, la place du spectateur dans Carmen est singulière. Il ne fait pas que regarder, il juge des faits et en cela, il a exactement la place qu’a au théâtre le chœur tragique.

Aussi, donner la parole aux gens devant qui cette histoire se déroule n’a rien d’une anecdote, c’est obéir à la dimension fondamentale de cette œuvre. Le tragique git dans le regard des témoins de cette histoire autant que dans le destin de ceux à qui elle arrive.

 

AU GENERIQUE

Une création conjointe de Raoul Lay / Ensemble Télémaque – Gilles Cailleau / Compagnie Attention Fragile.

Direction musicale Raoul Lay
Mise en scène Gilles Cailleau

Avec Marie Pons contralto-mezzo, Angelo Citriniti ténor, Julie Prola soprano, Benoit Gadel baryton, Gilles Cailleau funambulisme et six musiciens de l’ensemble Télémaque (distribution en cours).