compagnie ERD’O – Edith Amsellem

Avec Edith Amsellem à sa direction depuis 2012, la compagnie ERD’O (anciennement : En Rang D’Oignons) développe un théâtre « hors les murs » – sans effet, sans lumières, sans fioritures. Ces spectacles sont écrits pour une typologie d’espaces publics, afin d’exagérer leur fonction symbolique et d’y faire entrer le théâtre en tant que manière d’être au monde.
À rebours d’une street culture entrée au théâtre et au ballet dans les années 2000, ERD’O fait sortir, ou plutôt, advenir le théâtre dans l’espace urbain. Épiphanie de la dramaturgie et des conflits à l’œuvre dans le monde réel, le monde y montre son vrai visage.

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présentation

Edith Amsellem mise sur l’universalité de l’expression théâtrale, non seulement dans sa réception, mais aussi dans sa situation. Tout lieu « fabriqué » par l’homme et dédié à une fonction, en particulier les espace publics, n’est-il pas le théâtre d’affrontements individuels, de tensions sociales ou de violences de genre ? Alors pourquoi ne pas prendre ces lieux pour ce qu’ils sont, en exacerber la dramaturgie pour y faire voeu de littérature et oeuvre de théâtre ?

Les Liaisons dangereuses sur terrain multi-sports

En adaptant le roman épistolaire de Choderlos de Laclos, en 2012, ERD’O consacre la fonction ludique des terrains multi-sports pour y inscrire une métaphore sportive, l’ultime match de la carrière libertine de Valmont et Merteuil – un homme, une femme. En se mesurant l’une à l’autre, en jouant la comédie pour mieux assujettir leurs proies qui attendent sur la touche, ces dieux du stade – médiatisés et starifiés par un présentateur aussi cynique qu’indécent – vont offrir au public leur intimité.
Le choix du terrain multi-sports rend scénographiquement tangible la notion de compétition à mort, d’un inévitable perdant, battu par les forces de l’autre et par sa propre fragilité. L’hypocrisie imposée par l’inégalité des sexes à l’oeuvre dans la société, comme sur le terrain, questionne la réalité de l’évolution des rapports entre hommes et femmes.

Yvonne, princesse de Bourgogne sur château-toboggan

Pour l’adaptation du texte de Witold Gombrowicz, en 2015, Edith choisit les structures de jeux, royaume exutoire de la petite enfance, pour convoquer la cruauté nue, l’égoïsme infantile, la perversité polymorphe. Mais, elle invoque le théâtre encore un peu plus au creux du réel. Car, après avoir supprimé la convention du lieu de représentation dédié, elle imagine un dispositif qui supprime la convention du comédien en représentation : Yvonne, l’héroïne, sera jouée par une actrice qui n’aura jamais répété avec la compagnie, qui ne connaîtra ni la mise en scène et ni ses partenaires de jeu… Une actrice différente à chaque représentation, donc ! Quel meilleur moyen de jeter l’actrice dans l’arène ? Car le personnage de la fable est une jeune fille du peuple qui arrive à la Cour sans en connaître les codes, qui va préférer se taire plutôt que se tromper. Bouc émissaire idéal, elle va se prêter, telle une marionnette, aux jeux pervers imposés par le prince et ses amis.
Mais, le dispositif laisse à Yvonne le libre-arbitre de faire éclater l’imprévisible au sein d’une zone de non-droit – le château-toboggan -, miroir grossissant du monde des adultes, dévoilant les pulsions les moins avouables et les désirs les plus honteux.

J’ai peur quand la nuit sombre

En 2018, tout en continuité, ERD’O choisit d’investir un nouvel espace signifiant, les parcs et jardins publics, pour une troisième adaptation. Il s’agit cette fois du conte du Petit Chaperon Rouge, dans une de ses variantes régionale et non édulcorée transmise par la tradition orale. Si la question de la femme dans la société contemporaine reste prégnante, les notions de jeu en extérieur, d’arrière-plan ou d’espace périphérique sont aiguisées par le risque lié à l’imprévu d’un itinéraire entre ombres menaçantes et lumière glauque des réverbères. Et, en inscrivant son sujet dans le prisme mythique du conte, Edith Amsellem éclaire une féminité ancestrale, transmise de mère en fille, occultée par une société moderne qui désavoue la ruse, la rébellion et les trajectoires buissonnières.

En plaçant l’acteur au centre de ses territoires d’expérimentation, ERD’O cherche obstinément cet endroit rare et précieux : là où affleure l’émotion, entre le vrai et le faux, le jeu et le non-jeu, le connu et l’inconnu. Cette vision contemporaine d’un théâtre aménageur de territoires semble s’épanouir sur les collines du nord de Marseille : artiste de la Ruche du Merlan, cellule d’accompagnement à l’émergence de la scène nationale de Marseille, la compagnie intégrera dès 2019 la Bande du Merlan en tant qu’artiste associé.

inventaire

2015 – résidence à La Gare Franche et pour partie sur le terrain de jeu du Plan d’Aou, ateliers en école maternelle autour des figures de princes et de princesses dans le cadre d’Yvonne, princesse de Bourgogne sur château-toboggan

2018 – résidence dans l’Usine pour préparer la création de J’ai peur quand la nuit sombre

partenaires

Pour les saisons 2015/2016, 2016/2017 et 2017/2018, ERD’O a bénéficié du soutien du Merlan, Scène nationale de Marseille, dans le cadre de son dispositif La Ruche, cellule d’accompagnement de compagnies émergentes de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Pour la saison 2018/2019, ERD’O intégre La Bande, artiste associé au Merlan.

contacts / ressources

ERD’O
Cité des Associations
Boîte aux lettres n° 6
93 La Canebière 13001 Marseille

www.enrangdoignons.com

Production / diffusion

Hélène Roques
06 72 45 24 21
oignonsprod@gmail.com